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Tonneins commémore le 80ème anniversaire de la Libération

Double cérémonie à Ferron et Place de la Mémoire.

La Ville de Tonneins a organisé une cérémonie à la stèle de Ferron suivie de celle Place de la Mémoire. Dans le cadre de cette commémoration, s'est produit la remise officielle du drapeau de la ville selon les recommandations préfectorales par M. le Maire, Dante Rinaudo au 1er adjoint, Guy Laumet.

En ce 80ème anniversaire de la Libération de Tonneins, nous avons extrait quelques pages du livre « Résistances en Pays Tonneinquais » de l’historien Tonneinquais Bernard Lareynie (trop tôt disparu), pour vous parler de ces deux journées mémorables du 20 et 21 août 1944. Ce travail historique, qui fait partie des livres de référence Lot-et-Garonnais sur cette douloureuse période, a demandé douze années de recherche à notre historien local.

Nous avons relevé que sur les seize personnes qui constituent le « Comité local de Libération » de la ville de Tonneins, nous ne trouvons qu’une seule femme, en la personne de Mme Jeanne Lèbe, qui représente » le Comité des Femmes Veuves de Guerre 1939-1940 » (son époux Jean-Jacques est mort pour la France, le 23 mai 1940).

En 2025, nous aurons l’occasion de vous reparler de Mme Jeanne Lèbe et de son parcours peu commun.

P/ La mémoire du Fleuve, Alain Glayroux

La Libération de Tonneins. Dimanche 20 août.

Les troupes allemandes évacuent Tonneins

Les groupes Coldur, Bills (NL 7) François et Prosper, massés dans le secteur Nord de la Garonne, collaborant avec le Bataillon Néracais, opérant au Sud, avaient réussi à couper la ligne ennemie entre Agen et Port-Sainte-Marie. « Les derniers éléments ennemis occupant le département s’enfuient vers l’Est à partir d’Agen et vers l’Ouest à partir de Port-Sainte-Marie. »

Dans la matinée du dimanche 20 août, harcelée notamment par des éléments FFI du Bataillon Labrunie, du Bataillon Cassé et du Bataillon Néracais, la garnison allemande évacue Aiguillon en direction de Bordeaux. André Daspas a alors 18 ans. Il habite Lamarque. Il se souvient de ce dimanche 20 août à Tonneins : « Dans la matinée on a commencé à voir arriver les Allemands venant d’Aiguillon, désorganisés, en pagaille. Ils n’avaient pas de moyens de transport et fauchaient les vélos qu’ils trouvaient sur le bord de la route. »

La garnison tonneinquaise se joint au convoi qui commence à quitter la ville. Le groupe local des MUR, le groupe Star, commandé par Henri Laperche, commence à se rassembler au garage Peugeot et se prépare à occuper les points stratégiques de la ville, les bâtiments publics, et à assurer le maintien de l’ordre. Raymonde Ousty, l’épouse de Jean Ousty, l’un des lieutenants du groupe, n’a pas oublié cette matinée : « La veille, mon mari, concessionnaire Peugeot à Tonneins, était parti au maquis de Monbahus porter un pli soudé dans le cadre du vélo. L’orage menaçait et, prudent, il m’avait prévenu qu’il resterait peut-être passer la nuit au maquis. En effet, un orage terrible éclate et, le lendemain matin, en ouvrant mes fenêtres, quel ne fut pas mon étonnement de voir un défilé hétéroclite d’Allemands en désordre à pied, à bicyclette, même un chameau venant, paraît-il du Port-Sainte-Marie. Je me présente à l’atelier pour prendre ma bicyclette et je tombe sur trois ou quatre Résistants dont Jean Tissié, boucher, en train de préparer une camionnette, leurs mitraillettes près d’eux. »

À 14 heures, le dernier Allemand a quitté la ville. A Fauillet, caché dans un fossé près du pont, Jean Caubet assiste au passage du convoi : « Le side-car s’est arrêté au carrefour. Les soldats allemands paraissaient indécis. Ils scrutent la route nationale avec des jumelles. Trois camions arrêtés leur paraissent suspects. Il y a des hommes dans les vignes. Les occupants du side-car qui traînent paradoxalement une lourde remorque, visiblement, ne savent pas ce qu’ils doivent faire. Ils viennent sur le pont, délibèrent. Un cycliste apparaît, les aperçoit, fait demi-tour. Depuis ce matin, les Allemands raflent à nouveau les bicyclettes (…). On entend le grondement presque ininterrompu d’un lointain bombardement. Les Allemands reflueraient vers Bordeaux. Tout cela me paraît douteux. Les gens ont l’imagination fertile et j’ai été si souvent déçu. Mais voilà qu’entre les arbres apparaissent les premiers éléments d’une interminable colonne : soldats à bicyclette, groupes à pied, harassés, s’appuyant sur le canon des armes, charrettes, carrioles, char à bancs, camions allant au pas. C’est un défilé morne. D’aussi loin que l’on puisse la découvrir la route nationale à l’air couverte de fourmis. Je suis toujours dans le fossé, près du pont. On voit des soldats se détacher, entrer dans les fermes, repartir en poussant une bicyclette. Il y a de tout dans ce convoi démesuré : des vaches, des veaux, un chameau et les plus invraisemblables véhicules. Voici même une calèche, traînée par deux chevaux blancs, qui passe majestueuse et ridicule. On n’entend pas un cri, pas un chant, pas un ordre. C’est une longue procession silencieuse d’hommes fourbus qui avancent sans trop savoir où ils vont. Vers le Nord. Tout cela a une allure réjouissante de déroute. Serait-ce possible ? Je sens une joie fantastique qui monte en moi, mêlée à une crainte vague, fruit des déceptions anciennes. La route est vide, maintenant. Une automobile passe. Le gendarme qui la conduit me fait un large signe de la main. Il rayonne. Et voilà que surgit une moto empanachée d’un drapeau tricolore. Cette silhouette fugitive serait-elle le premier signe de notre libération. “Joie, pleurs de joie !” comme criait Pascal, en d’autres circonstances. »

À Tonneins, les habitants commencent à sortir de chez eux et se rassemblent dans les rues. Dubourdieu a raconté : « Tandis que je me rendais à Tonneins aux informations, j'ai rencontré Camille Alemant. Il me dit que Tonneins était presque libéré mais qu’un groupe allemand revenait depuis Marmande après avoir incendié quelques pailles ou séchoirs. » Les Tonneinquais se réfugient alors à nouveau chez eux. « Je continuais à m’approcher et nous avons appris que cette colonne de boches était en réalité des soldats allemands qui s’étaient rendus. Accompagnés par quelques FFI, ils furent conduits à la mairie. La population se rassembla à nouveau (…). On commença à rechercher les collaborateurs et les miliciens tandis que les troupes FFI se rapprochaient. Le groupe Hostandie de Verteuil prit position vers Grand-Jean. Le groupe Star (commandant Laperche) de Tonneins se groupa, avec une centaine de Tonneinquais au garage Ousty. Le groupe Sultan de Clairac (commandant Marcadet) se lança à la poursuite des Allemands. On distribua des chaussures, des armes, des brassards. »

A Varès, Henri Armand, secrétaire de mairie, mobilise le groupe « Giro » qu’il a formé sous sa direction. Sous le commandement d’Henri Laperche, le groupe Star commence, vers 17 heures, l’occupation des bâtiments publics de Tonneins3. Comme des centaines de Tonneinquais, André Daspas circule dans les rues de la ville. Dans le courant de l’après-midi, il assiste à un règlement de compte : « Rue du Maréchal Joffre, une jeune femme circule tranquillement à bicyclette. Tout à coup, d’autres jeunes femmes s’approchent d’elle, la font tomber de vélo et commencent à la tabasser. Elles l’avaient vu fricoter avec les Allemands. Heureusement, des gens du maquis s’interposent et réussissent à la dégager. On nous a dit plus tard que, si elle avait fréquenté les Allemands, c’était pour fournir des renseignements à la Résistance. » En fin d’après-midi, précise Georges Dubourdieu, le bataillon Jasmin s’installe dans les écoles. On commence à réorganiser la ville. Le Comité local de Libération se met en place. Sa composition est la suivante :

  • Henri Laperche, ouvrier en bois, président (chef MUR) ;
  • Pierre Vautrain, médecin, président (Résistant) ;
  • Fonroques Jean, sans profession, vice-président (démocrate-chrétien) ;
  • Nestor Senez, ouvrier d’Etat, vice-président (CGT) ;
  • Louis Massies, retraité, vice-président (radical-socialiste) ;
  • Jeanne Lèbe, propriétaire (Comité des femmes veuves de guerre 1939-1940) ;
  • Adrien Péjoine, limonadier (prisonnier rapatrié) ;
  • Henri Amilhat, négociant (socialiste) ;
  • Pierre Couzy, propriétaire (Corporation paysanne) ;
  • Joseph Daynial, ouvrier d’Etat (communiste) ;
  • Roger Huger, directeur de l’Ecole de Fazanis (Corporation paysanne) ;
  • Jean Calonges, pharmacien (démocrate-chrétien) ;
  • Jean Ousty, garagiste (radical-socialiste) ;
  • Norbert Teyssier, vétérinaire (Front national) ;
  • Jean Tissié, boucher (MUR) ;
  • Jean Arassus, électricien (MUR).

Dans la soirée, une réunion se tient à la mairie pour définir les fonctions de chaque membre du Comité, pour prendre des dispositions concernant la défense de la ville en cas du retour des Allemands, et pour organiser la poursuite des collaborateurs. Des sentinelles sont placées aux principaux points stratégiques de la ville. Des témoins prétendent avoir aperçu le chef milicien Audebez dans les environs de Tonneins. Une vingtaine d’hommes du groupe Star partent alors à sa recherche vers Calonges, Villeton, et Lamarque. En fait, Audebez avait déjà pris la route vers l’Allemagne. A la mairie, des marchands, des entrepreneurs viennent offrir leurs services, leur matériel, leurs ouvriers, pour aider le Comité de Libération. La réunion se termine très tard.

- Lundi 21 août -

« Tonneins est en fête, raconte J. Caubet. Toutes les maisons sont pavoisées. Les femmes ont un ruban ou une cocarde tricolore dans les cheveux. C’est partout un déploiement incroyable de drapeaux et la brutale émotion qui fait monter les larmes aux yeux lorsqu’un camion chargé d’hommes passe, salué par des ovations délirantes, ou que défile un groupe de Résistants à brassard, mal armés et touchants. Ils ont tenu, eux aussi, à entrer dans la ville et à avoir leur part de gloire. Le maquis de Varès passe avec un boiteux à l’arrière-garde. »

Vers 10 heures, une foule importante se masse dans les rues principales de la ville. Le recherche des miliciens et des collaborateurs se poursuit. Fernand Ducasse se trouve au café de la Paix. Il se souvient : « On buvait un coup ensemble avec des copains. Tout à coup, on vient me toucher l’épaule : -Tu sais qui est là. C’était [X], chez qui les miliciens se rencontraient pour faire la fête. C’était en plein carrefour. Je le cravate : “Bougre de salaud !”. Deux agents de police étaient là. Ils s’avancent, deux costauds, l’un était Besson que je connaissais bien. Ils arrivent, ils l’empoignent. Ils m’attrapent aussi, je me dégage, je te lui allonge un coup de poing. Il tombe les bras en croix devant le Régent. » Georges Dubourdieu précise : « Je vois toujours Ducasse l’empoigner avec ses grosses mains, le traîner devant la foule et lui demander ce qu’il faisait à Ferron avec les miliciens. On le fouilla et on découvrit qu’il était porteur d’un 6.35 prêt à tirer. » [X] est arrêté. Il sera par la suite transféré à la prison d’Eysses. D’autres collaborateurs ou suspects de collaboration sont interpellés. Etienne Villatte, le maire de Tonneins nommé par Vichy est appréhendé à la mairie dans la matinée. Dubourdieu et Cardoit, lui aussi ancien prisonnier de Ferron, sont désignés pour procéder à l’arrestation du docteur J.V. Ils apprennent que le médecin s’est réfugié chez Espiet de Marmande (ancien prisonnier de Ferron) qui se porte garant pour lui.

En début de matinée, le groupe Alexis du commando Austin-Conte basé à Soumensac, s’était rendu, pour la troisième fois à Nicole, bien décidé à venir à bout du pont de chemin de fer. Mais, apprenant sur place l’évacuation, depuis la veille, de la garnison allemande d’Aiguillon, le groupe décide de prendre la route de Bordeaux à la suite des Allemands. André Ruffe raconte : « A Tonneins, nous avons reçu un accueil formidable. Nous avons fait une halte au carrefour, devant le café “le Régent”, le temps d’embrasser les filles qui se jetaient sur nous. » Jean Lareynie, lui aussi membre du groupe Alexis, précise : « Nous sommes allés à la Manufacture des tabacs avec un camion. On nous a autorisés à charger quelques cartons de cigarettes. Un peu plus tard, des Résistants locaux nous ont amené quelques femmes accusées d’avoir collaboré avec les Allemands. Elles devaient être tondues. Nous ne savions pas de quoi elles étaient réellement accusées. Ces hommes voulaient se décharger de cette besogne sur d’autres. C’est sur le plateau d’un camion, garé devant le bâtiment du tribunal, qu’un des hommes de notre groupe a dû s’improviser coiffeur. » Peu de temps avant midi, le groupe Alexis reprend sa route vers Marmande. À midi, un repas est servi pour les Résistants au Secours national, en face de la Manufacture des tabacs qui a été réquisitionnée par le groupe Star. L’après-midi, la libération de la ville prend un air de kermesse. « Tout cela, se souvient J. Caubet, fait un ensemble vibrant et chaotique où domine la joie, où l’on se sent emporté par un grand élan vers ceux qui sont heureux en même temps que soi, qui chantent, qui s’agitent et crient (…). De temps à autre, une camionnette amène de nouveaux prisonniers accueillis par des huées ou des Mongols qui ont mis bas les armes et que l’on ramasse dans les bois ou dans les champs de maïs. »

D’autres femmes accusées d’avoir eu des rapports avec les Allemands sont enfermées à la gendarmerie. Elles doivent être tondues et promenées en ville sur un camion. Cette nouvelle a réjoui une partie de la foule qui assaille les grilles de la gendarmerie. Ces femmes sont conduites sur la terrasse, devant la mairie, où une table a été dressée, avec une chaise dessus : « Trois coiffeurs sont à pied d’œuvre, raconte J. Caubet. La première femme que l’on assied est une fille publique. Elle toise la foule et tente de crâner mais elle est blême et sa mâchoire tremble. Derrière elle, l’homme, à grands coups de tondeuse a attaqué sa tête et jette derrière lui des poignées de cheveux blonds. La fille rit nerveusement. Les autres essaient aussi de faire front. L’une, une juive, a encore des mèches éparses et noires, puis une seule laissée derrière, sur la nuque, longue et ridicule comme un plumet. “Laisse-la-lui !” crie la foule. Un officier fait signe au coiffeur de la couper. Quelqu’un derrière moi dit : “On n’aurait jamais cru qu’il y ait tant de coiffeurs dans la Résistance”. Un autre trouve ce spectacle écœurant. »

 

Dans le courant de l’après-midi, « personne ne travaille, poursuit J. Caubet, le désordre subsiste mais l’enthousiasme a un peu baissé. En même temps, cependant, on sent qu’un effort d’organisation s’effectue. Des groupes de Résistants, descendus des collines, défilent fièrement, leur chef en tête, mêlant dans leurs rangs jeunes gens et hommes mûrs. On devine que la foule aimerait une manifestation de caractère plus militaire, avec plus d’ordre et de discipline et qu’elle est aussi prête à piller et à incendier qu’à pleurer ou à applaudir ». Le Comité local de Libération convoque Georges Dubourdieu qui connaît la plupart des miliciens de Ferron (il y fut prisonnier une quarantaine de jours). On lui demande de se rendre à la gendarmerie pour instruire les dossiers de ceux qui ont été arrêtés et de ceux qui doivent l’être. Dubourdieu prend possession de son poste aux côtés d’un lieutenant du Bataillon Jasmin et d’un lieutenant d’un autre groupe de l’Armée Secrète. Les gendarmes se sont retirés dans leurs appartements pour leur laisser la place libre. Une vingtaine de FFI assurent la surveillance des prisonniers. Certains de ces prisonniers, arrêtés sur dénonciation, sans preuve, sont libérés. D’autres sont dirigés vers la prison d’Eysses.

Dans la matinée, les troupes allemandes ont évacué Marmande en direction de Bordeaux. Reprenons le témoignage de Dubourdieu : « J’appris que Marmande était libéré et qu’un camion du groupe Star se préparait à partir chercher un camion de carburant à l’usine de distillerie qui avait été saisie après avoir été abandonnée par les Boches. Je réussis à partir avec ce camion et à me faire donner 400 litres d’essence pour la commune de Laparade qui venait de me nommer président du Comité de Libération. »

« Vers le soir, précise Jean Caubet, on perquisitionne dans une pharmacie dont le propriétaire a fui parce qu’il était milicien. On jette par les fenêtres des médicaments. La nouvelle se répand que l’on distribue des pastilles et du chocolat, et c’est une ruée. » Dans les environs de Tonneins, la chasse aux déserteurs de l’armée allemande se continue jusqu’à la nuit. « On trouve des Mongols dans les champs – c’est toujours Jean Caubet qui écrit – ou réfugiés dans les masures abandonnées. Ils se rendent sans résistance. Ils avaient abandonné leurs armes. L’un d’eux est allé se placer sous la protection de M. le Curé, un Hollandais. Ils demandent à rentrer au Turkistan. On a de la peine à leur faire comprendre, avec une carte, combien leur désir est insensé. »

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